Rubrique · Compagnies aériennes : fiches et conditions de voyage

Prix du billet d’avion : la courbe officielle et ses angles morts

Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

un hublot vu de l interieur avec une aile et des nuages, cabine sobre

En août 2026, les billets d’avion au départ de France affichaient 2,9 % de hausse sur un an. Le chiffre officiel recouvre deux marchés opposés : le long-courrier a pris 5,1 %, le réseau intérieur a lâché 3,7 %. Il ne dit rien de la dépense réelle, qui dépend d’une taxe fixe de 7,40 € à 40 € par passager et d’un bagage facturé jusqu’à 70 € au comptoir de l’aéroport.

La courbe officielle affiche 2,9 % sur un an et 21,6 % au-dessus du niveau de 2023

L’indice des prix du transport aérien de passagers, que la direction générale de l’aviation civile publie chaque mois, gagne 2,9 % en août 2026 par rapport à août 2025, toutes destinations confondues au départ de France. La mesure porte sur des voyages aller-retour et sur plus de 300 000 tarifs relevés chaque mois, sur 627 lignes desservies par plus de 70 transporteurs. Sur la base 100 fixée à l’année 2023, l’indice France s’établit à 121,6 pour les voyages du mois d’août 2026. La DGAC signale que l’échantillon 2026 s’est enrichi de 6 % de lignes supplémentaires, surtout sur le moyen-courrier opéré par des transporteurs à bas coût : le panier mesuré s’est légèrement déplacé. Les séries publiées jusqu’en 2024 s’appuyaient, elles, sur une référence 2017. Sur le réseau intra-métropolitain, les compagnies aériennes à bas coût tirent les prix vers le bas quand les transporteurs traditionnels les poussent à la hausse (DGAC, août 2026).

Juillet 2026 ressortait à 3,4 % contre 2,9 % en août, et ces deux mois se comparent mal : la saisonnalité pèse plus lourd que la tendance. La DGAC illustre son ampleur avec sa série 2024, où l’indice France est passé de 123,0 en janvier à 153,6 en juillet, soit 24,9 % en six mois. Un indice ne dit rien du niveau des prix, seulement de leur variation. La base a changé : les publications 2026 sont indexées sur 2023, les précédentes sur 2017.

Le long-courrier porte la hausse, le réseau intérieur recule

Le réseau long-courrier au départ de métropole progresse de 5,1 % en août 2026 sur un an, quand le réseau intérieur métropolitain recule de 2,6 % et les liaisons vers l’outre-mer de 5,8 %. La contribution de chaque faisceau à la hausse totale de 2,9 % le confirme : le long-courrier apporte 2,3 points, le moyen-courrier 1,3 point, tandis que le réseau intérieur retranche 0,6 point et que les départs d’outre-mer comptent pour zéro (DGAC, IPTAP n°167, publié le 15 septembre 2026). Sur les huit premiers mois de 2026, le réseau intérieur est le seul en baisse, de 1,2 %, quand l’international prend 2,8 %. Le mouvement dépasse la France : Eurostat mesurait en juin 2026 une hausse de 3,1 % des prix du transport aérien dans l’Union européenne, avec un international à 4,5 % et un domestique à 2,0 %.

Prix des billets au départ de France, variation sur un an en août 2026, par réseau (DGAC, IPTAP n°167)
Réseau Poids dans l’indice 2026 Prix, variation août 2026 sur août 2025 Contribution à la hausse Cumul des 8 premiers mois de 2026
International long-courrier 4 804 sur 10 000 +5,1 % +2,3 points +5,1 %
International moyen-courrier 3 182 sur 10 000 +3,8 % +1,3 point −0,1 %
Réseau intérieur, départ de métropole 1 396 sur 10 000 −3,7 % −0,6 point −1,2 %
dont liaisons intra-métropolitaines 862 sur 10 000 −2,6 % −3,0 %
dont métropole vers l’outre-mer 534 sur 10 000 −5,8 % +2,2 %
Départs d’outre-mer 618 sur 10 000 −0,6 % 0 point +4,7 %
Ensemble des départs de France 10 000 +2,9 % +2,3 %

Un long-courrier pèse donc près de la moitié de l’indice, alors qu’il transporte une minorité des passagers. Le calcul favorise le long-courrier : la pondération de la DGAC se calcule en dépenses, pas en billets, et l’Amérique latine compte pour 6 % du budget aérien des ménages français contre 2 % du trafic réel.

Quarante euros de taxe sur un long-courrier, quel que soit le prix payé

La taxe de solidarité sur les billets d’avion coûte 40 € par passager sur une destination lointaine, 15 € sur une destination intermédiaire et 7,40 € sur une destination européenne ou assimilée. Le montant est fixe. Ces tarifs s’appliquent depuis le 1er mars 2025, selon trois zones : destination européenne ou assimilée, destination intermédiaire entre 1 000 et 5 500 kilomètres, destination lointaine au-delà (notice du guichet fiscal unique des taxes aéroportuaires, DGAC, janvier 2026). Le passager d’un aller-retour à bas prix et celui d’un aller-retour acheté la veille du départ acquittent donc la même somme. Le barème grimpe avec la classe de service : 30 €, 80 € ou 120 € selon la zone pour un passager qui accède sans supplément, à bord, à des prestations fermées aux autres, et jusqu’à 2 100 € pour un vol d’affaires en turboréacteur au long cours.

Le produit de cette taxe alimente d’abord l’Agence de financement des infrastructures de transport de France, dans la limite de 270 millions d’euros, puis le budget général de l’État. Le texte fiscal réserve aussi une exception que peu de passagers connaissent : un surclassement décidé par la compagnie au moment de l’embarquement laisse la taxe au tarif de la classe achetée, alors qu’un surclassement issu d’une option payante ou d’un programme de fidélité fait basculer la taxe au tarif de la classe réellement occupée.

Ce qu’aucun indice ne compte : le bagage, le siège, les frais de dossier

Le prix mesuré par la DGAC est un aller-retour toutes taxes, redevances et surcharges comprises, mais hors frais de réservation. Il comprend en général un bagage en soute chez les compagnies traditionnelles, et pas chez les transporteurs à bas coût, et il ne relève aucun tarif en classe premium economy ni en Première. Un passager qui ajoute une valise et un siège précis paie donc une somme que l’indice ne suit pas. Chez Transavia, un bagage en soute de 15 kg coûte à partir de 29,99 € l’aller simple acheté en ligne, et 70 € au comptoir de l’aéroport, soit plus du double. La valise n’est pas comptée pour rien : les revenus annexes des compagnies doivent atteindre 165 milliards de dollars en 2026, en hausse de 12,6 %, et dépassent le fret aérien pour la première fois depuis 2019 (IATA, 7 juin 2026).

Sur ce terrain, les compagnies ne sont pas toutes claires. Certaines affichent un tarif d’appel sans bagage en soute ni siège attribué, d’autres incluent la valise dans le prix de base. Comparer deux billets sans comparer ce qu’ils contiennent revient à comparer deux choses différentes. La même logique vaut pour le choix entre une compagnie low cost et une compagnie classique, où l’écart de prix affiché ne survit presque jamais à l’ajout des options. La comparaison est faussée.

Le kérosène à 152 dollars le baril a retourné les comptes des compagnies

Le carburant coûtera 350 milliards de dollars aux compagnies aériennes en 2026, contre 252 milliards en 2025, sur la base d’un kérosène à 152 dollars le baril en moyenne annuelle, en hausse de près de 70 % (IATA, 7 juin 2026). Le carburant pèse pour 31,4 % des charges d’exploitation du secteur, contre 25,4 % l’année précédente. Un tiers de la consommation mondiale seulement est couvert par des contrats à prix fixés à l’avance, ce qui étale la hausse sans l’annuler ; l’Europe est la mieux protégée, avec 70 % de ses besoins couverts avant la crise. L’effet sur les billets est réel mais partiel, et l’IATA le dit sans détour : le bénéfice net du secteur tombe à 23 milliards de dollars pour 2026, moitié moins qu’en 2025, et le profit par passager descend à 4,50 dollars. Les compagnies absorbent donc une partie du choc dans leurs marges plutôt que de la répercuter intégralement.

En France, le change a longtemps joué en sens inverse. La DGAC classait le renforcement de l’euro face au dollar parmi les facteurs baissiers des prix en 2025, comme la baisse du kérosène et l’intensité de la concurrence. La mécanique se répète : l’IATA attend un dollar encore plus faible en 2026, ce qui allège les factures libellées en dollars. La consommation de carburant décide aussi autre chose que le prix : l’empreinte carbone d’un vol se calcule sur les litres brûlés, pas sur le tarif du siège.

Sur dix ans, le prix réel d’un aller-retour continue de baisser

Un aller-retour international coûtera en moyenne 462 dollars en 2026, services annexes compris, soit 26,3 % de moins qu’en 2016 en dollars constants (IATA, 7 juin 2026). Cette moyenne mondiale porte sur des tarifs réels, pas sur l’indice français, qui mesure une variation à structure de consommation fixe et ne dit rien du niveau des prix. Les deux séries ne se contredisent donc pas, mais elles racontent deux choses différentes : le coût relatif du vol baisse sur longue période, pendant que la facture immédiate monte depuis 2023. La comparaison a une limite. L’IATA intègre les revenus annexes dans son calcul, ce que la DGAC exclut, et convertit tout en dollars, ce qui expose son chiffre au taux de change. Une moyenne mondiale ne décrit pas ce que paie un passager au départ de province.

La référence a changé en cours de route. En décembre 2025, l’IATA attendait des tarifs réels 36,8 % sous leur niveau de 2015 en 2026. Six mois plus tard, elle retenait 2016 comme référence et un écart de 26,3 %. Les deux chiffres ne mesurent pas la même chose, et aucun des deux ne dit qu’un billet précis coûtera moins cher demain. Pour situer une compagnie sur ce marché, le classement des compagnies aériennes vaut mieux qu’une moyenne mondiale.

Ce qu’on nous demande le plus

De combien les billets d’avion ont-ils augmenté au départ de France ?

L’indice de la DGAC affiche 2,9 % de hausse en août 2026 par rapport à août 2025, toutes destinations confondues. Le cumul des huit premiers mois de 2026 atteint 2,3 %. Pour situer l’année précédente, la moyenne annuelle 2025 s’était établie à 0,9 % contre 2024.

Combien la taxe de solidarité ajoute-t-elle à mon billet ?

7,40 € pour une destination européenne ou assimilée, 15 € entre 1 000 et 5 500 kilomètres, 40 € au-delà. Le montant ne dépend pas du prix payé, seulement de la zone de destination et de la classe. En première ou en affaires, il monte à 30 €, 80 € ou 120 € selon la même zone.

Un vol intérieur est-il moins cher qu’un vol international aujourd’hui ?

Non, et l’indice ne dit pas cela. Il mesure une variation, jamais un niveau : le réseau intérieur recule de 3,7 % sur un an quand l’international progresse de 4,4 %, mais cela ne signifie pas que le billet intérieur coûte moins cher que le billet international. La DGAC écrit noir sur blanc qu’un indice de prix ne donne aucune indication sur le niveau des prix.

Le bagage en soute est-il compris dans le prix affiché ?

Pas chez les transporteurs à bas coût, pour lesquels la DGAC ne relève pas de bagage en soute inclus, contrairement aux compagnies traditionnelles. Chez Transavia, 15 kg coûtent à partir de 29,99 € l’aller simple en ligne et 70 € au comptoir de l’aéroport. Le même bagage, acheté au mauvais endroit, coûte plus du double.

Les prix baissent-ils au départ des DOM ?

L’indice des départs d’outre-mer recule de 0,6 % en août 2026 sur un an, mais progresse de 4,7 % en cumul depuis janvier. La Guyane (−4,3 %) et La Réunion (−2,2 %) tirent la baisse, quand la Martinique monte de 3,1 %. Ces liaisons n’ont pas obtenu le taux réduit de taxe accordé aux lignes intérieures sous obligation de service public.

Sources : DGAC, indice des prix du transport aérien de passagers, IPTAP n°167, août 2026, Notice du tarif de solidarité 2026, Eurostat, prix du transport aérien dans l’UE, IATA, perspectives financières du 7 juin 2026.

Sources utilisées

  1. DGAC, indice des prix du transport aérien de passagers
  2. IPTAP n°167, août 2026
  3. Notice du tarif de solidarité 2026
  4. Eurostat, prix du transport aérien dans l’UE
  5. IATA, perspectives financières du 7 juin 2026

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