Rubrique · Compagnies aériennes : fiches et conditions de voyage
Détail du prix d’un billet d’avion : où part chaque euro
Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

Un aller simple Paris-Nice vendu 130 € par Air France se découpe poste par poste : 42,90 € de recette, 26,57 € de carburant, quatre redevances, quatre prélèvements d’État et 9,50 € de TVA. La fiche d’Air France-KLM donne le détail du prix d’un billet d’avion, où la part fiscale suit la destination, jamais le prix payé.
Chez Air France-KLM, un aller simple Paris-Nice à 130 € affiche 42,90 € de recette
La fiche « La décomposition du prix du billet d’avion » d’Air France-KLM chiffre onze lignes pour un aller simple Paris-Nice vendu 130 € TTC, et le partage est net : 42,90 € de recette, 26,57 € de carburant, puis les prélèvements publics. Le tarif de sûreté et de sécurité atteint 13,05 €, la redevance aéroport passagers 12,83 €, la TVA 9,50 € et le tarif de solidarité 7,40 €.
Le mot recette demande une précision : la note de bas de page le définit avant coûts d’exploitation, salaires, sous-traitance, impôts et charges financières. Ce n’est pas une marge. Sur un Paris-New York à 740 €, la même fiche relève 414,33 € de recette et 158,01 € de carburant. Sur une même liaison, les entreprises de transport aérien se distinguent par leur recette et par leurs options, jamais par les tarifs d’État, qui dépendent de la destination et de la cabine.
| Poste du prix | Montant sur Paris-Nice, billet à 130 € TTC | Montant sur Paris-New York, billet à 740 € TTC |
|---|---|---|
| Recette de la compagnie | 42,90 € | 414,33 € |
| Carburant | 26,57 € | 158,01 € |
| Redevance aéroport, passagers | 12,83 € | 29,71 € |
| Redevance aéroport, avion | 5,47 € | 20,93 € |
| Redevance de navigation, route | 4,54 € | 11,37 € |
| Redevance de navigation, terminale | 1,96 € | 3,02 € |
| Tarif de solidarité | 7,40 € | 40 € |
| Tarif de l’aviation civile | 5,14 € | 9,25 € |
| Tarif de sûreté et de sécurité | 13,05 € | 13,05 € |
| Taxe sur les nuisances sonores aériennes | 0,48 € | 0,12 € |
| TVA française | 9,50 € | aucune |
| Taxes gouvernementales des États-Unis | aucune | 40,21 € |
La plus discrète des lignes de la fiche est la taxe sur les nuisances sonores aériennes, sous l’euro par passager sur les deux trajets. Elle est prélevée à chaque décollage et finance l’aide à l’insonorisation des riverains des aéroports concernés, selon la notice TNSA de la DGAC, publiée en janvier 2026.
Le prix affiché doit être le prix final, et il ne bouge plus après le paiement
Le règlement (CE) n° 1008/2008 fixe la règle d’affichage : le prix définitif à payer doit être précisé à tout moment et détaillé en quatre blocs, tarif, taxes, redevances aéroportuaires et autres suppléments, sûreté et carburant compris. La DGCCRF ajoute deux règles dans sa fiche pratique du 27 mai 2026 : le prix affiché doit être celui obtenu avec le moyen de paiement le plus courant, et une compagnie ne peut pas réclamer de supplément après l’achat du billet.
Les options payantes restent autorisées, à une condition rappelée par le même article : elles doivent être présentées clairement au début de la réservation et acceptées par le client dans une démarche explicite. Un siège, une valise en soute relèvent de ce régime : sur un tarif de base qui exclut la valise, le prix final dépend de ce que vous acceptez. Chaque option se refuse.
L’exception vient des agences de voyage. Le code du tourisme les autorise à réviser un prix déjà accepté dans trois cas seulement, la hausse du coût du transport, une modification des taxes et redevances ou une variation du taux de change. Elles doivent prévenir le client et justifier la hausse au plus tard vingt jours avant le départ, précise la DGCCRF.
La taxe de solidarité suit la destination, jamais le prix payé
Le tarif de solidarité, l’ancienne taxe Chirac, ne suit pas le prix du billet : son assiette est le nombre de passagers embarqués, et son montant dépend de la destination finale et de la cabine. Depuis le 1er mars 2025, la notice de la DGAC fixe trois zones, 7,40 € en Europe ou à moins de 1 000 km, 15 € entre 1 000 et 5 500 km, 40 € au-delà de 5 500 km en catégorie normale.
La notice précise que ces distances se mesurent entre l’aérodrome national de référence et l’aéroport principal de la capitale de destination. La grille monte à 30, 80 et 120 € quand le passager bénéficie de services additionnels à bord, ce que la notice rattache aux cabines Première et Affaires. Deux exceptions allègent la facture : les passagers en correspondance sont exonérés, et les embarquements en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin sortent du champ de la taxe.
| Destination finale | Montant en catégorie normale | Montant avec services additionnels |
|---|---|---|
| Europe ou destination à moins de 1 000 km | 7,40 € | 30 € |
| Entre 1 000 et 5 500 km | 15 € | 80 € |
| Au-delà de 5 500 km | 40 € | 120 € |
Depuis le 1er juin 2026, vingt-six liaisons sous obligation de service public paient 2,63 € au lieu de 7,40 €, soit 65 % de moins, en vertu d’un arrêté publié le 31 mai 2026 et annoncé par le ministère des Transports. La liste couvre douze liaisons entre la Corse et le continent et trois lignes au départ de Strasbourg.
L’outre-mer reste à l’écart. La Commission européenne a jugé que le dispositif prévu pour les liaisons ultramarines ne pouvait pas être retenu juridiquement en l’état, écrit le ministère des Transports.
Les redevances des aéroports parisiens sont gelées une année de plus
La redevance passagers revient au gestionnaire de l’aéroport, qui la perçoit en contrepartie de ses installations. À Paris, l’Autorité de régulation des transports a refusé le 10 février 2026 la proposition tarifaire d’Aéroports de Paris pour avril 2026 à mars 2027. ADP proposait un gel, le refus produit le même effet : les tarifs homologués en décembre 2024 restent en vigueur un an de plus, au motif d’une rémunération des capitaux investis jugée excessive et de règles d’allocation comptable non conformes.
Tous ne paient pas pareil. La redevance passagers est différenciée par faisceaux géographiques, avec un écart d’un facteur 2,5 entre « autre international » et « Métropole/Schengen », que la proposition refusée d’ADP voulait ramener à 2,4. Un passager long-courrier paie donc, sur ce poste seul, deux fois et demie le montant d’un passager européen.
Ce poste figure dans le prix payé : la fiche d’Air France-KLM compte 12,83 € de redevance aéroport passagers sur le Paris-Nice et 29,71 € sur le Paris-New York. Le gel décidé à Paris porte aussi sur cette ligne.
Sur le Paris-New York d’Air France-KLM, le carburant pèse 158,01 € sur 740 €
Le carburant est le premier poste variable du billet. Sur l’aller simple Paris-New York à 740 € de la fiche Air France-KLM, il représente 158,01 €, contre 40 € de tarif de solidarité sur le même vol. La fiche évalue les prix du carburant à jusqu’à 25 % des coûts d’exploitation en moyenne, une part qui suit le cours du pétrole et la distance parcourue.
La suite relève des projections de la compagnie, pas d’un organisme indépendant. La même fiche estime que les dépenses de décarbonation du groupe Air France pourraient être multipliées par douze, et que les mesures réglementaires, incorporation de carburants durables, quotas européens d’émissions, compensations et taxes, dépasseront 2 milliards d’euros par an à l’horizon 2030. Le carburant d’aviation durable coûte aujourd’hui deux à cinq fois le prix du kérosène, précise le document, qui ne chiffre pas la part qui atterrira sur les billets.
Ces coûts dépendent de la liaison. Le bilan carbone du vol envisagé se calcule avant de réserver.
Ce qu’on nous demande le plus
Le prix peut-il augmenter après l’achat du billet ?
Non. Une compagnie aérienne ne peut pas réclamer de supplément après l’achat du billet, le contrat étant définitivement conclu, rappelle la DGCCRF. Si une taxe ou un frais était mal connu au moment de la réservation, elle doit se fonder sur une estimation et s’y tenir.
Pourquoi le bagage en soute coûte-t-il plus cher au comptoir ?
Transavia vend 15 kg à partir de 29,99 € en ligne, contre 70 € à l’aéroport, pour un aller simple ; sur les vols de ou vers le Sénégal et l’Arabie saoudite, le même bagage acheté sur place part de 160 €. L’achat en ligne reste ouvert jusqu’à deux heures avant le départ, et l’excédent pesé à l’aéroport est facturé à partir de 15 € le kilo. Ces grilles varient d’un transporteur à l’autre : le prix des kilos supplémentaires se compare avant d’acheter le billet.
Où est écrit le détail de ce que je paie ?
L’article 23 du règlement européen 1008/2008 impose de préciser le tarif passager, les taxes, les redevances aéroportuaires et les autres suppléments, comme ceux liés à la sûreté ou au carburant. La DGCCRF rappelle qu’une note doit être remise au consommateur, avec la possibilité d’un format dématérialisé : le détail peut donc arriver par courriel. En cas de doute sur un montant, demandez cette note à la compagnie ou à l’agence.
La classe de voyage change-t-elle le montant des taxes ?
Oui, pour le tarif de solidarité, qui passe de 7,40 € à 30 € en Europe et de 40 € à 120 € au-delà de 5 500 km dès que la cabine donne accès à des services additionnels, Première et Affaires comprises. Un surclassement décidé par la compagnie au moment de l’embarquement ne change rien : la notice de la DGAC maintient la taxe au tarif de la classe réservée. Seul un surclassement payé à l’avance, ou accordé au titre d’un programme de fidélité, suit la cabine réellement occupée.
Que récupérer si je ne prends pas mon vol ?
Les taxes et les redevances d’un transport qui n’a pas lieu sont remboursables, même quand le passager renonce au voyage, et les compagnies comme les agences doivent en informer le consommateur, selon la DGCCRF. Récupérer les taxes d’un vol non utilisé suppose de demander le remboursement à son vendeur. La recette de la compagnie, elle, n’est pas concernée.
La TVA s’applique-t-elle à tous les billets ?
Non. Le transport aérien de passagers à destination ou en provenance de l’étranger est exonéré de TVA, y compris pour la partie du trajet effectuée au-dessus de la France, rappelle le BOFiP. Un vol intérieur est imposable sur la distance parcourue en France, et la fiche d’Air France-KLM affiche 9,50 € de TVA sur son Paris-Nice. Détail de la même doctrine : la partie intérieure d’un billet international n’est pas taxée, comme dans l’exemple Lyon-Paris-New York du BOFiP.
Sources : Air France-KLM, La décomposition du prix du billet d’avion, DGAC, notice du tarif de solidarité de la taxe sur le transport aérien de passagers, janvier 2026, Ministère des Transports, réduction de la TSBA sur les lignes relevant de l’aménagement du territoire, Autorité de régulation des transports, décision n° 2026-009 du 10 février 2026, DGCCRF, Voyager en avion : quels droits pour les passagers ?.
Sources utilisées
- Air France-KLM, La décomposition du prix du billet d'avion
- DGAC, notice du tarif de solidarité de la taxe sur le transport aérien de passagers, janvier 2026
- Ministère des Transports, réduction de la TSBA sur les lignes relevant de l'aménagement du territoire
- Autorité de régulation des transports, décision n° 2026-009 du 10 février 2026
- DGCCRF, Voyager en avion : quels droits pour les passagers ?