Rubrique · Droits des passagers : retard, annulation et recours
Bagage perdu en avion : ce que la compagnie doit vraiment payer
Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

Le tapis tourne, votre valise n’arrive pas. La compagnie ouvre un dossier, vous remplissez un constat, et vous imaginez toucher les 600 € du règlement européen. Vous ne les toucherez pas : ce texte indemnise les passagers, jamais les bagages. Votre indemnisation relève d’un autre texte, la convention de Montréal, plafonnée à 1 519 DTS par personne depuis le 28 décembre 2024.
À l’aéroport, le seul réflexe qui compte avant de partir
Tant que vous êtes dans la zone d’arrivée, la déclaration prend dix minutes. Il faut aller au comptoir bagages et exiger un constat d’irrégularité bagage, le PIR (Property Irregularity Report). Ce document, avec son numéro de dossier, est la pièce que la compagnie vous redemandera à chaque étape.
Ne partez pas sans lui. La plupart des bagages retardés sont livrés dans les jours qui suivent, mais un dossier ouvert à distance se conteste bien plus facilement qu’un constat signé sur place. easyJet, par exemple, impose de déclarer le bagage sur son portail dans les 24 heures après l’arrivée du vol. Le délai est court, et il est propre à chaque transporteur : sur ce point, les compagnies ne sont pas toutes claires.
« Retardé » avant 21 jours, « perdu » à partir du 22e
Un bagage qui n’arrive pas n’est pas perdu. Il est retardé. Le basculement se fait au 21e jour : si la valise n’est pas revenue à cette date, elle est présumée perdue et vous pouvez réclamer sa valeur et celle de son contenu. Le ministère de la Transition écologique fixe ce seuil de 21 jours pour la convention de Montréal, et de 14 jours seulement quand la convention de Varsovie s’applique. Un bagage non livré à la suite d’un transfert raté entre deux vols suit exactement la même règle.
Le chiffre officiel ne fait pas tout le droit. easyJet annonce qu’elle ne déclare un bagage perdu qu’au bout de 45 jours, et assure que plus de 90 % de ses bagages retardés sont retrouvés dans les cinq premiers jours. Un passager qui attend le 22e jour pour réclamer une indemnité de perte se verra donc opposer une recherche toujours en cours.
Le règlement européen 261/2004 ne verse rien pour un bagage
C’est le malentendu qui coûte le plus cher. Les 250, 400 ou 600 € du règlement (CE) n° 261/2004 concernent le vol : arrivée avec plus de trois heures de retard, annulation, refus d’embarquement. Le texte ne mentionne pas les bagages. Compter sur lui pour une valise perdue fait perdre des semaines.
Pour la soute, la référence est la convention de Montréal de 1999, applicable à tous les vols des compagnies de l’Union européenne, quelle que soit la destination. Si votre vol a aussi accumulé du retard, vous pouvez estimer le montant avant de réclamer : cette indemnité-là s’ajoute à celle des bagages, elle ne la remplace pas. La même logique vaut pour une annulation décidée au dernier moment, où seul le passager est indemnisé.
Le vrai plafond : 1 519 DTS, pas 1 300 €
Les sites officiels ne donnent pas le même chiffre. Bercy affiche encore « environ 1 500 € par passager » et 1 288 DTS dans une fiche mise en ligne le 8 juin 2026. Le ministère de la Transition écologique, actualisé le 25 juillet 2025, écrit 1 519 DTS. La bonne valeur est la seconde : l’Organisation de l’aviation civile internationale a relevé le plafond bagages de 1 288 à 1 519 DTS au 28 décembre 2024, dans le cadre de sa révision quinquennale.
Ce plafond s’exprime en droits de tirage spéciaux, une unité du Fonds monétaire international dont le cours change chaque jour. Au taux du 18 septembre 2026, 1 DTS valait 1,36444 dollar et l’euro 1,14735 dollar : 1 519 DTS valent donc environ 1 806 €. Un montant qui bouge, à recalculer au jour de l’incident.
| Situation | Texte applicable | Plafond par passager | Délai de réclamation |
|---|---|---|---|
| Vol d’une compagnie de l’UE, quelle que soit la destination | Convention de Montréal | 1 519 DTS, environ 1 806 € | 21 jours (retard), 7 jours (dommage) |
| Vol entre deux États non signataires de Montréal | Convention de Varsovie | 22 DTS par kilo de bagage | 14 jours (retard), 3 jours (dommage) |
Le « 26 € par kilo » que l’on lit partout est le plafond de Varsovie, 22 DTS par kilo convertis. Il ne s’applique pas à un vol régi par Montréal, où la limite est fixée par passager. Sans facture, une compagnie peut proposer une estimation au poids, mais rien ne l’y oblige sous Montréal.
Pendant le retard, la compagnie rembourse vos achats de première nécessité
Un bagage en retard, ce sont des produits d’hygiène et une tenue de rechange achetés en urgence. Ces dépenses se réclament sur factures, et le plafond dépend du transporteur. easyJet rembourse jusqu’à 75 livres sterling par personne, à condition d’être loin de chez soi et que le bagage manque depuis au moins 24 heures ; la demande se dépose dans les 21 jours suivant le vol.
Le kit de toilette offert au comptoir n’a rien d’une obligation. Chaque compagnie applique son propre barème, rarement publié : gardez tous les tickets de caisse, c’est la seule preuve recevable.
Les délais qui effacent le droit
Une réclamation bagage se fait par écrit au transporteur. Pour une valise abîmée, le délai est de 7 jours après la remise du bagage sous Montréal, de 3 jours sous Varsovie. Pour un retard, il passe à 21 jours après la mise à disposition du bagage sous Montréal, 14 jours sous Varsovie. Passé ce délai, toute action contre la compagnie devient irrecevable.
Attention au point de départ : il court à partir du jour où le bagage vous a été remis, pas de la date du vol. Un sac livré le 18e jour laisse donc 21 jours pleins pour réclamer le remboursement de vos achats.
Dépasser le plafond : la déclaration spéciale d’intérêt
Un appareil photo à 3 000 € glissé dans une valise ne sera jamais remboursé à ce prix au-delà de 1 519 DTS. La seule exception est une déclaration spéciale d’intérêt, faite à l’enregistrement : vous fixez vous-même une valeur plus élevée, et la compagnie facture un supplément pour la garantir. Presque personne ne la demande, et le guichet ne la propose pas.
Sans elle, le transporteur applique une décote sur les objets d’occasion. Une valise usée ne vaut pas une valise neuve.
Refus ou silence : le médiateur, puis le tribunal
Si la compagnie refuse ou ne répond pas sous deux mois, vous pouvez saisir gratuitement le médiateur Tourisme et Voyage, à condition qu’elle soit signataire de la charte de médiation. La demande se fait dans l’année qui suit votre réclamation écrite.
En dernier recours, le tribunal reste saisissable deux ans à compter de la découverte du dommage. Tous les droits des passagers aériens ne suivent pas ce calendrier : un embarquement refusé pour surréservation ouvre droit à une indemnité forfaitaire, elle, versée sans facture.
Ce qu’on nous demande le plus
Ma valise est arrivée au bout de quatre jours, puis-je réclamer mes achats ?
Oui. Sous la convention de Montréal, le retard donne 21 jours après la remise du bagage pour réclamer par écrit le remboursement des achats de première nécessité, sur tickets de caisse. easyJet plafonne à 75 livres sterling par personne.
Combien touche-t-on si la valise n’est jamais retrouvée ?
La valeur de la valise et de son contenu, sur factures, dans la limite de 1 519 DTS par passager, soit environ 1 806 € au 18 septembre 2026. Un bagage n’est présumé perdu qu’après 21 jours, ou 45 jours chez easyJet.
La compagnie me propose un avoir, dois-je accepter ?
Un avoir n’est pas une obligation pour vous. Vous pouvez demander le versement de l’indemnité sur justificatifs. Un avoir non utilisé n’a pas la même valeur qu’un remboursement.
La compagnie ne répond pas depuis un mois, je fais quoi ?
Relancez votre réclamation écrite. Vous pouvez saisir le médiateur Tourisme et Voyage dès deux mois sans réponse, si la compagnie est signataire, en joignant copie de la réclamation. La médiation est gratuite.
Un vol intérieur français est-il couvert ?
Oui, par le même plafond. Pour les transporteurs de l’Union européenne, la convention de Montréal s’applique dans tous les cas, y compris sur un vol strictement intérieur, par le règlement (CE) n° 889/2002.
Sources : OACI, relèvement des plafonds de la convention de Montréal, 18 octobre 2024, Ministère de la Transition écologique, perte ou détérioration de bagages, mise à jour du 25 juillet 2025, FMI, valeur du DTS au 18 septembre 2026, Bercy infos, bagage perdu ou endommagé, 8 juin 2026, easyJet, bagages endommagés ou retardés.
Sources utilisées
- OACI, relèvement des plafonds de la convention de Montréal, 18 octobre 2024
- Ministère de la Transition écologique, perte ou détérioration de bagages, mise à jour du 25 juillet 2025
- FMI, valeur du DTS au 18 septembre 2026
- Bercy infos, bagage perdu ou endommagé, 8 juin 2026
- easyJet, bagages endommagés ou retardés