Rubrique · Droits des passagers : retard, annulation et recours

Vol retardé de 2 heures : des repas, mais aucune indemnité

Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

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L’écran affiche « retardé 2 h ». Sur un Paris-Nice, la compagnie doit vous nourrir et vous laisser passer deux appels gratuits, quelle que soit la cause du retard. Sur un Paris-New York, les mêmes deux heures n’ouvrent rien : la prise en charge commence à quatre heures. Dans les deux cas, l’indemnité de 250 à 600 € reste hors de portée, réservée aux arrivées tardives d’au moins trois heures.

Plus le vol est court, plus la prise en charge commence tôt

Un vol retardé de 2 heures sur un trajet court déclenche la prise en charge. Le règlement (CE) n° 261/2004 fixe trois seuils, et ils vont à l’inverse de l’intuition : deux heures de retard attendu au départ pour les vols de 1 500 km ou moins, trois heures de 1 500 à 3 500 km, quatre heures au-delà. Un passager de Paris-Nice réclame donc son repas deux heures avant un passager de Paris-New York.

Seuls les trajets courts profitent du seuil le plus favorable du texte, Paris-Nice ou les vols vers la Corse par exemple. Le déclencheur n’est pas l’heure d’arrivée, mais le retard annoncé sur l’heure de départ prévue : dès que le transporteur prévoit deux heures de retard, la prise en charge est due.

Ce qu’ouvre le retard au départ, selon la distance (règlement CE n° 261/2004, articles 6 et 9)
Vol Retard attendu au départ Ce que la compagnie doit fournir
1 500 km ou moins 2 heures Rafraîchissements, repas en suffisance, deux appels ou messages
1 500 à 3 500 km, et vols internes à l’Union européenne au-delà de 1 500 km 3 heures Mêmes prestations
Plus de 3 500 km 4 heures Mêmes prestations
Toutes distances Départ repoussé au lendemain Hôtel et transport entre l’aéroport et l’hôtel
Toutes distances 5 heures Remboursement du billet, pour qui renonce au voyage

L’hôtel a sa propre condition. Il n’est dû que si une nuit d’attente devient nécessaire, pas parce que l’attente dure : un Paris-Nice retardé de trois heures en fin de matinée ouvre le repas, pas la chambre. Le transfert vers l’hôtel et deux communications gratuites restent dus. Air France limite ces appels à cinq minutes chacun dans sa brochure de septembre 2024.

En 2026, les seuils appliqués sont ceux du règlement de 2004, repris tels quels par le flyer de la DGAC publié en mai 2026. Ils ne couvrent qu’un morceau de ce que le règlement européen garantit à chaque passager : l’attente au départ.

À deux heures, aucun euro d’indemnité, sur aucun vol

Zéro euro. À deux heures, le forfait de 250 à 600 € n’existe pas : il s’ouvre à partir de trois heures de retard à la destination finale, seuil posé par la Cour de justice de l’Union européenne dans l’arrêt Sturgeon du 19 novembre 2009 et repris par Service-Public.

Les deux compteurs ne mesurent pas la même chose, et c’est là que les dossiers se perdent : la prise en charge se lit à l’heure de départ prévue, l’indemnité à l’ouverture de la porte à la destination finale. Un long-courrier cumule les deux vides. Au-delà de 3 500 km, la prise en charge n’ouvre qu’à quatre heures au départ et le forfait qu’à trois heures de retard à l’arrivée : un Paris-New York posé avec deux heures trente ne déclenche ni l’un ni l’autre.

Sur un billet unique, le retard qui compte pour l’argent reste celui de la destination finale : enchaîner deux vols sur une même réservation ne remet pas le compteur à zéro à l’escale. Une heure plus tard, la demande change de nature : le barème qui s’ouvre à trois heures d’arrivée tardive va de 250 à 600 €, et saisir la distance entre les deux aéroports suffit à savoir quelle tranche viser.

Un droit vaut dès deux heures sur tous les vols, long-courriers compris

L’article 14, paragraphe 2, ne fixe aucune condition de distance : tout passager qui subit un retard d’au moins deux heures reçoit une notice écrite reprenant les règles d’indemnisation et d’assistance, avec les coordonnées de l’organisme national chargé de l’application. Sur un Paris-New York retardé de deux heures, c’est le seul droit ouvert. Personne ne le propose spontanément.

Le ministère chargé des transports sanctionne cet oubli. Le 18 juillet 2025, Vueling a écopé de 90 000 € d’amende administrative pour 18 manquements à l’obligation d’informer les passagers, et Wizz Air de 49 000 € pour 14 manquements du même type, selon la liste que le ministère publie. Le plafond est de 7 500 € par manquement pour une personne morale, doublé en cas de récidive.

La neige et la grève ne suppriment pas les repas

L’exonération pour circonstances extraordinaires figure à l’article 5, celui des annulations. L’article 6, celui des retards, ne la reprend pas. Les orientations interprétatives de la Commission européenne, publiées en 2016, sont nettes : le transporteur doit satisfaire à l’obligation de prise en charge même lorsque la perturbation résulte de circonstances extraordinaires. La Cour de justice l’a jugé le 31 janvier 2013 dans l’arrêt McDonagh, après la fermeture de l’espace aérien due au volcan islandais Eyjafjallajökull.

Une tempête de neige ou un mouvement des contrôleurs aériens retire donc le forfait sans toucher au sandwich ni à la chambre. La cause décide pour l’argent, jamais pour l’attente, et la distinction sert de boussole quand une grève du contrôle aérien exonère la compagnie du seul forfait.

La limite est écrite au considérant 18 : la prise en charge peut être refusée si elle doit prolonger le retard. Air France l’inscrit dans sa brochure, « sauf si cette assistance devait provoquer un retard plus important ». Le cas vise un avion prêt à embarquer quand arrivent les bons repas. Ailleurs, l’argument ne tient pas.

Ce qu’on paie pendant l’attente revient, à condition de rester raisonnable

Quand la compagnie ne propose rien alors qu’elle le devait, les frais engagés se récupèrent. Les orientations de la Commission posent la condition en s’appuyant sur l’arrêt McDonagh : le remboursement porte sur des sommes nécessaires, appropriées et raisonnables. Aucun montant n’est prévu par le règlement, aucune grille de bons repas n’y figure.

Gardez chaque ticket. Demandez le bon au comptoir avant de sortir la carte bancaire : un passager qui refuse l’offre raisonnable du transporteur et s’organise seul n’obtient rien, ou seulement l’équivalent de cette offre. Sur ce point, les compagnies ne sont pas toutes claires, et le refus s’annonce parfois à voix basse.

Cinq heures d’attente : le remboursement s’ouvre, la prise en charge s’arrête

À cinq heures de retard attendu au départ, le passager qui renonce au voyage obtient le remboursement de son billet sous sept jours, avec un retour au point de départ si le trajet avait commencé. La DGAC le résume dans son flyer de mai 2026, et la démarche rejoint celle qui sert à renoncer au voyage et récupérer le prix du billet.

Le piège apparaît juste après. Accepter un réacheminement à une date ultérieure, à votre convenance, éteint le droit à la prise en charge, précisent les orientations de la Commission. Le passager qui prend le vol du surlendemain puis réclame les nuits d’hôtel en plus se heurte à cette règle. Le choix se pose au comptoir, pas une fois rentré.

Du comptoir à la médiation, dans cet ordre

La prise en charge se demande au transporteur qui opère le vol, pas à l’agence ni au site de vente. L’écrit vient ensuite, puis la médiation, devenue un passage obligé avant le tribunal.

  1. À l’aéroport, adressez-vous au comptoir ou à la porte du transporteur effectif, carte d’embarquement en main.
  2. Conservez les justificatifs de tout ce qui a été payé pendant l’attente et notez l’heure du retard annoncé.
  3. Si rien n’est proposé, écrivez au service clientèle, numéro de vol et date à l’appui. Service-Public indique un délai de 5 ans pour réclamer l’indemnité forfaitaire.
  4. En cas de refus ou de silence pendant deux mois, engagez la médiation : depuis le 6 février 2026, elle est obligatoire avant toute action en justice pour les demandes fondées sur le règlement, en application du décret n° 2025-772 du 5 août 2025.
  5. Le signalement à la DGAC se fait en parallèle. Il ne déclenche aucune indemnité individuelle.

La charge se mesure déjà. Le Médiateur du tourisme et du voyage a reçu 17 023 demandes en 2025, dont près des deux tiers concernaient le transport aérien, et il attend plus de 30 000 dossiers aériens en 2026, contre moins de 12 000 en 2025, d’après son rapport annuel publié en juin 2026.

Ce qu’on nous demande le plus

« Le retard de deux heures se compte au départ ou à l’arrivée ? »

Au départ pour la prise en charge : le règlement vise le retard prévu par rapport à l’heure de départ annoncée. À l’arrivée pour l’argent : le forfait dépend du retard constaté à la destination finale.

« La compagnie peut-elle refuser le repas parce que la météo est mauvaise ? »

Non. Les circonstances extraordinaires retirent le forfait, pas la prise en charge : les repas, l’hébergement et les communications restent dus. Seule une prise en charge qui prolongerait le retard peut être écartée.

« J’ai acheté mon sandwich pendant l’attente, comment être remboursé ? »

Gardez le ticket et joignez-le à une réclamation écrite adressée au transporteur. Le remboursement porte sur des frais nécessaires, appropriés et raisonnables, sans barème fixé par le règlement.

« Mon vol est parti avec trois heures de retard et s’est posé à l’heure. Ai-je droit aux 250 € ? »

Non. Le forfait dépend de l’heure d’ouverture de la porte à la destination finale, pas du retard au décollage. Le retard au départ ouvre les repas et les communications, pas l’indemnité.

« Aucune réponse de la compagnie depuis deux mois, que faire ? »

La médiation devient l’étape obligatoire avant le tribunal depuis le 6 février 2026 pour les demandes fondées sur le règlement. Service-Public indique un délai de 5 ans pour réclamer l’indemnité forfaitaire.

Sources : Règlement (CE) n° 261/2004, texte publié au Journal officiel de l’Union européenne, Orientations interprétatives de la Commission européenne sur le règlement 261/2004, Service-Public, voyage en avion : vol retardé, Ministère chargé des transports, sanctions des compagnies aériennes, Médiateur du tourisme et du voyage, rapport annuel 2025.

Sources utilisées

  1. Règlement (CE) n° 261/2004, texte publié au Journal officiel de l’Union européenne
  2. Orientations interprétatives de la Commission européenne sur le règlement 261/2004
  3. Service-Public, voyage en avion : vol retardé
  4. Ministère chargé des transports, sanctions des compagnies aériennes
  5. Médiateur du tourisme et du voyage, rapport annuel 2025

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