Rubrique · Droits des passagers : retard, annulation et recours

Voyage de transit : 36 pays doivent un visa avant l’escale

Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

un tableau d affichage d aeroport stylise sans texte lisible, silhouettes floues au loin

Un voyage de transit ne franchit aucune frontière : le passager reste en zone internationale et change d’avion sans passer la police. La France déroge pourtant à ce principe pour 36 pays, et la liste réserve des surprises. Un passeport turc, sénégalais ou philippin doit obtenir un visa de transit aéroportuaire avant l’embarquement. Un passeport marocain ou algérien, non.

Le passager en transit ne franchit aucun point de passage frontalier

Rester dans la zone internationale d’un aéroport ne fait pas entrer sur le territoire. Aucun tampon, aucun guichet de police. Le principe du libre transit est écrit à l’annexe 9 de la convention de Chicago sur l’aviation civile, et le code des visas de l’Union européenne le reprend avant de prévoir une exception pour une liste de pays. France-Visas appelle cette zone de transit l’espace où le voyageur attend sa correspondance sans franchir la frontière.

Il en découle une conséquence peu connue. Le système européen d’entrée/sortie, déployé progressivement depuis le 12 octobre 2025 aux points de passage frontaliers, enregistre les entrées, les sorties et les refus d’entrée des ressortissants de pays tiers, comme le rappelle Service-Public. Un passager qui ne franchit aucun de ces points n’y figure pas.

Ce sas a ses propres règles, y compris pour les achats faits en boutique. Un flacon acheté hors taxe repasse le contrôle de l’escale tant que le sachet scellé et le ticket restent intacts. Descellé, il retombe sous les 100 ml comptés au contenant, dans un sac d’un litre.

36 pays à la liste française, 12 sur la liste commune

Douze pays figurent à l’annexe IV du code des visas, ce qui vaut pour toute l’Union. La France en ajoute vingt-quatre, comme le texte européen l’y autorise, et porte la liste à 36 États dont les ressortissants doivent décrocher un visa A avant de monter dans l’avion.

Pays soumis au visa de transit aéroportuaire en France, listes publiées par France-Visas ; les douze premiers figurent aussi à l’annexe IV du code des visas.
Passeport ordinaire, de service ou spécial Passeport ordinaire seulement
Afghanistan, Bangladesh, Érythrée, Éthiopie, Ghana, Irak, Iran, Nigeria, Pakistan, République démocratique du Congo, Somalie, Sri Lanka Angola, Bolivie, Cameroun, République centrafricaine, Congo (Brazzaville), Côte d’Ivoire, Cuba, République dominicaine, Guinée (Conakry), Haïti, Mali, Mauritanie, Népal, Ouzbékistan, Philippines, Russie, Sénégal, Sierra Leone, Soudan, Soudan du Sud, Syrie, Tchad, Togo, Turquie

Un passeport diplomatique, un titre de séjour en cours de validité délivré par un État de l’Union ou de l’Espace économique européen, un visa valide pour le Canada, les États-Unis ou le Japon, et l’appartenance à la famille d’un citoyen européen ou suisse dispensent du visa A. Le document de voyage de réfugié palestinien, y compris délivré par l’Égypte, le Liban ou la Syrie, y soumet.

La Russie mérite une ligne à part : l’obligation ne joue que si le vol arrive d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de Géorgie, d’Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie, de Turquie ou d’Égypte. Les marins philippins munis d’un livret conforme aux conventions internationales en sont exclus.

Le visa A ne fait pas entrer dans l’espace Schengen

Trois versions existent, et le nombre d’entrées n’a rien à voir avec la durée du séjour : simple pour un transit, double pour un aller-retour, multiple pour plusieurs passages. Aucune ne permet de quitter la zone internationale. Une correspondance entre deux aéroports de l’espace Schengen, une aérogare qui ferme la nuit ou l’envie de sortir pendant l’escale font basculer le voyage vers un visa de court séjour.

C’est là que le bât blesse. Un vol Alger-Paris suivi d’un Paris-Lisbonne fait entrer dans l’espace Schengen dès le premier aéroport français, et le visa A ne suffit plus. Le même départ avec une correspondance vers São Paulo reste en zone internationale et n’impose rien à un passeport algérien, absent de la liste.

90 €, quinze jours d’avance, et rien de délivré à l’arrivée

Les frais de dossier sont ceux d’un visa Schengen : 90 €, 45 € pour un enfant de 6 à 12 ans, gratuit avant 6 ans, comme pour un conjoint de ressortissant français ou un membre de famille européen. La demande se dépose dans le pays de résidence, au moins quinze jours avant le voyage et jamais plus de six mois à l’avance. Aucun visa n’est délivré à l’arrivée, et les frais restent acquis même en cas de refus.

La démarche tient en quatre gestes.

  1. Vérifier sa situation avec l’assistant en ligne de France-Visas, qui indique le visa requis et les pièces à fournir.
  2. Déposer la demande au consulat ou chez le prestataire agréé, dans les délais, avec le passeport du voyage.
  3. Payer les frais de dossier, sans espérer les récupérer si la demande est rejetée.
  4. Présenter le visa au comptoir d’embarquement, sur le passeport visé.

À Londres, rester dans l’aéroport se paie aussi

Le Royaume-Uni ne fait pas partie de l’espace Schengen, et un visa Schengen n’y ouvre aucun droit. Un passager qui change d’avion sans passer le contrôle frontalier britannique peut avoir besoin d’un Direct Airside Transit visa, facturé 41,50 £ sur le site du gouvernement britannique, sauf s’il détient une autorisation électronique de voyage. Chaque pays tient sa propre liste : le régime décrit ici vaut pour la France, pas pour une escale à Amsterdam ou à Francfort, qui suit les règles de l’espace Schengen.

Quand l’escale casse, le visa n’est plus le sujet

Une correspondance vendue sur une seule réservation reste protégée : si le second vol part sans vous, le transporteur doit vous réacheminer et prendre en charge l’attente. La marche à suivre quand vous ratez le vol suivant commence par une réclamation écrite, et le forfait de 250 à 600 € après une suppression s’ajoute au réacheminement si vous arrivez trois heures ou plus après l’heure prévue à la destination finale.

Une arrivée tardive de trois heures ouvre aussi une indemnité, à faire chiffrer au retour du voyage, et mettre un montant sur la réclamation évite d’accepter un bon d’achat sous-évalué. Le barème suit la distance totale du trajet, jamais le nombre d’escales, et les recours prévus par le droit européen des passagers ne dépendent pas du visa apposé sur le passeport.

Gardez les deux cartes d’embarquement, la confirmation de réservation et les reçus de repas ou de nuit d’hôtel. Sans ces pièces, la réclamation s’arrête au premier refus.

Ce qu’on nous demande le plus

Je reste en zone internationale à Paris, ai-je besoin d’un visa ?

Seulement si votre passeport figure sur la liste française. France-Visas le confirme : l’étranger qui transite par un aéroport français sans sortir de la zone internationale n’entre pas dans l’espace Schengen et, en principe, n’a pas besoin de visa. Certaines nationalités font exception, dont la Turquie, le Sénégal et les Philippines.

Mon itinéraire passe par Paris puis par Lisbonne : quel visa demander ?

Un visa de court séjour Schengen. Vous franchissez la frontière au premier aéroport français, et le visa de transit aéroportuaire ne permet pas cette entrée. C’est écrit noir sur blanc dans la foire aux questions de France-Visas.

Puis-je sortir voir la ville pendant une escale de six heures ?

Pas avec un visa de transit aéroportuaire, qui n’autorise aucune entrée dans l’espace Schengen. Pour quitter l’aéroport, il faut un visa de court séjour, ou une dispense liée à la nationalité ou à un titre de séjour en cours de validité.

Combien coûte le visa A et quand faut-il le demander ?

90 € de frais de dossier, 45 € entre 6 et 12 ans, gratuit avant 6 ans. La demande se dépose au moins quinze jours avant le départ dans le pays de résidence, et la France ne délivre aucun visa à l’arrivée.

J’ai une carte de séjour canadienne, suis-je concerné ?

Non. France-Visas dispense les titulaires d’un titre de séjour en cours de validité délivré par un État de l’Union ou de l’Espace économique européen, ainsi que ceux du Canada, des États-Unis, du Japon, de Monaco, d’Andorre, du Royaume-Uni ou de Saint-Marin, dans les conditions prévues par la liste officielle.

Sources : France-Visas, visa de transit aéroportuaire, France-Visas, questions fréquentes, Service-Public, un étranger en transit en France doit-il demander un visa ?, Règlement (CE) n° 810/2009 établissant le code des visas, GOV.UK, visa de transit direct à l’aérien.

Sources utilisées

  1. France-Visas, visa de transit aéroportuaire
  2. France-Visas, questions fréquentes
  3. Service-Public, un étranger en transit en France doit-il demander un visa ?
  4. Règlement (CE) n° 810/2009 établissant le code des visas
  5. GOV.UK, visa de transit direct à l'aérien

Comment nous vérifions les informations →