Rubrique · Bagage avion : ce qui passe en cabine et part en soute
Chargeur de téléphone en avion : cabine ou soute, la vraie règle
Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

Un chargeur de téléphone oublié dans la valise enregistrée passe sans problème. La batterie externe posée juste à côté, non : elle doit rester avec vous, en cabine, et certains contrôles la refusent quand sa puissance est illisible. La règle ne porte pas sur le mot « chargeur », mais sur les watts-heures (Wh) gravés sur le boîtier.
Un chargeur sans batterie n’entre dans aucune catégorie surveillée
Un adaptateur secteur et son câble USB ne contiennent pas de lithium. Ils ne relèvent d’aucune des familles que la réglementation aérienne encadre, batterie installée dans un appareil, batterie de rechange ou batterie externe.
Votre bloc de charge va donc où vous voulez. En soute ou en cabine.
Il échappe même à la limite des 100 ml, qui ne vise que les liquides, aérosols et gels rangés dans le bagage à main. La règle des flacons de liquides en cabine ne concerne pas un transformateur de 200 g.
Cabine ou soute, le partage entre bagage cabine et bagage soute se joue sur le risque d’incendie, jamais sur le poids de l’accessoire.
Dès qu’une batterie est intégrée, la cabine devient la seule option
Le chargeur portable vendu pour dépanner un smartphone est une batterie externe, rangée par la réglementation parmi les batteries de rechange. L’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (EASA) le précise dans son Safety Information Bulletin du 28 mai 2025 : les power banks ne sont pas des appareils électroniques portables, mais des batteries de rechange, soumises aux restrictions applicables à ces dernières.
Interdiction en soute. La Direction générale de l’aviation civile place la batterie externe et la powerbank dans la catégorie « obligatoire en cabine », avec les piles de rechange et les cigarettes électroniques. Un départ de feu en soute reste invisible pendant de longues minutes ; en cabine, l’équipage le voit et l’attaque tout de suite.
La puissance se lit en Wh. IATA rappelle la conversion dans sa guidance : Wh = ampères-heures × volts. À 3,7 V, une batterie de 10 000 mAh atteint 37 Wh, une de 20 000 mAh monte à 74 Wh, et 27 000 mAh frôlent les 100 Wh.
Cabine ou soute, objet par objet
Comparaison à partir de la guidance IATA révisée le 31 mars 2026, du livret de la DGAC et du bulletin EASA du 28 mai 2025.
Un seul objet passe partout.
| Objet | En cabine | En soute |
|---|---|---|
| Chargeur secteur et câble USB | Autorisé | Autorisé |
| Batterie externe jusqu’à 100 Wh | Autorisée, 2 maximum | Interdite |
| Batterie externe de 100 à 160 Wh | IATA : interdite ; DGAC : 2 maximum avec accord de la compagnie | Interdite |
| Batterie externe au-delà de 160 Wh | Interdite | Interdite |
| Téléphone | Recommandé | Possible, appareil complètement éteint |
| Piles de rechange jusqu’à 100 Wh | Autorisées, 20 maximum | Interdites |
Le piège du boîtier sans Wh imprimés
IATA impose que la puissance soit inscrite sur la batterie elle-même. Si l’agent ne peut pas la vérifier sur le boîtier ou dans la documentation, la compagnie peut refuser le transport.
Le chiffre qui compte est le Wh, pas le mAh. Le mAh ne compte pas dans le texte. Une batterie de 20 000 mAh sans marquage peut donc être écartée au contrôle, alors qu’elle affiche la moitié de la limite autorisée. C’est absurde, mais c’est la règle.
Avant de fermer le sac, retournez le boîtier. Une mention « 74 Wh » ou « 100 Wh » gravée à côté des mAh suffit. Pour une valeur lisible et sans discussion, le transport d’une batterie externe se prépare à la maison.
Recharger le téléphone en vol : oui sur la prise du siège, pas depuis la batterie externe
IATA a durci la règle dans sa guidance révisée le 31 mars 2026 : une batterie externe ne doit pas être rechargée sur l’alimentation de bord, ne doit pas être rangée dans le compartiment au-dessus de votre tête et ne doit pas alimenter un appareil pendant le roulage, le décollage et l’atterrissage. Recharger un téléphone branché sur la prise du siège reste autorisé.
L’EASA va moins loin. Son bulletin du 28 mai 2025 écrit que l’usage ou la recharge d’une power bank n’est pas interdit, mais fortement déconseillé, et que les appareils électroniques doivent être rechargés sur le réseau de bord et surveillés pendant la charge.
Le chargeur reste autorisé.
Plusieurs compagnies asiatiques ont tranché autrement. Korean Air et ses quatre filiales interdisent l’usage des batteries externes en vol depuis le 26 janvier 2026. EVA Air plafonne à deux batteries et bannit toute utilisation ou recharge pendant le vol depuis le 31 mars 2026, avec rangement sous le siège et interdiction dans les coffres partagés.
100 ou 160 Wh : la DGAC et l’IATA ne disent pas la même chose
Le livret de la Direction générale de l’aviation civile autorise deux batteries externes de 100 à 160 Wh, à condition d’obtenir l’accord de la compagnie. Air France confirme sa propre règle : entre 100 et 160 Wh, l’autorisation est obligatoire et se demande avant le départ, pour deux pièces au maximum. La guidance IATA révisée le 31 mars 2026 classe au contraire la power bank de plus de 100 Wh comme interdite, sans exception.
Sur ces puissances intermédiaires, les textes ne se recouvrent pas. Restez sous 100 Wh.
En Chine, une batterie sans marquage 3C ne décolle pas
L’administration de l’aviation civile chinoise (CAAC) interdit, depuis le 28 juin 2025, les batteries externes sans marquage 3C lisible, celles dont le logo est effacé et les modèles rappelés, sur les vols intérieurs au départ de Chine continentale. Un voyageur qui part de Pékin ou de Shanghai doit donc vérifier ce logo, en plus des Wh. Le logo compte.
La liste des objets refusés au contrôle change d’un pays à l’autre, même quand les seuils de puissance restent identiques.
Bagage pris à la porte : sortez la batterie avant qu’il descende
Quand une valise cabine bascule en soute au moment de l’embarquement, la batterie externe doit en sortir. IATA le rappelle dans ses consignes aux passagers : retirez toutes les batteries au lithium et les appareils avant de laisser le bagage. Une seule manœuvre compte.
- Ouvrez le bagage avant de le remettre à l’agent.
- Retirez la batterie externe et gardez-la sur vous.
- Protégez les contacts avec du ruban adhésif ou l’emballage d’origine, pour éviter un court-circuit.
- Si un téléphone reste dans la valise, éteignez-le complètement, pas en veille ni en hibernation.
Le gabarit de la valise n’y change rien. Les gabarits de bagage à main fixent ce qui monte à bord, pas ce qui a le droit d’y rester allumé. Pour éviter le scénario à la porte, comparez le tarif d’une valise ajoutée en soute avant le départ.
Ce qu’on nous demande le plus
Puis-je laisser mon chargeur de téléphone dans la valise en soute ?
Oui si ce chargeur n’a pas de batterie. Un adaptateur secteur et un câble partent en soute sans restriction. Un chargeur portable, c’est-à-dire une batterie externe, reste interdit en soute et doit voyager en cabine.
Ma batterie externe n’affiche pas les Wh, est-ce que ça passe ?
Pas garanti. IATA exige que la puissance soit lisible sur la batterie ou dans sa documentation. Sans cette vérification, la compagnie peut refuser le transport, même si la batterie reste sous la limite de 100 Wh.
Puis-je recharger mon téléphone pendant le vol ?
Oui sur la prise ou le port USB du siège, et l’appareil doit rester visible. Recharger une batterie externe sur cette même alimentation est interdit par la guidance IATA de mars 2026, et plusieurs compagnies interdisent même son usage en vol.
Combien de batteries externes ai-je le droit d’emporter ?
Deux au maximum, chacune jusqu’à 100 Wh, en cabine uniquement. Transavia autorise jusqu’à vingt piles ou batteries au lithium de 100 Wh maximum, mais IATA plafonne les power banks à deux par passager.
Et si on m’oblige à mettre mon bagage cabine en soute à la porte ?
Retirez la batterie externe avant de remettre la valise et gardez-la sur vous. Un appareil à batterie qui descend en soute doit être complètement éteint, pas en veille ni en hibernation.
Sources : IATA, Passengers Travelling with Lithium Batteries, guidance révisée le 31 mars 2026, DGAC, Batteries lithium : anticiper le risque de feu à bord, EASA, Safety Information Bulletin 2025-03 du 28 mai 2025, Transavia, règles pour les batteries au lithium mobiles, Air France, appareils électriques, piles et batteries de rechange.
Sources utilisées
- IATA, Passengers Travelling with Lithium Batteries, guidance révisée le 31 mars 2026
- DGAC, Batteries lithium : anticiper le risque de feu à bord
- EASA, Safety Information Bulletin 2025-03 du 28 mai 2025
- Transavia, règles pour les batteries au lithium mobiles
- Air France, appareils électriques, piles et batteries de rechange