Rubrique · Bagage avion : ce qui passe en cabine et part en soute

Oreille bouchée en avion : la descente décide de tout

Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

une valise cabine ouverte posee a plat sur un lit, affaires rangees, vue du dessus

Le décollage passe sans rien. C’est à la descente que le tympan tire, et l’oreille bouchée en avion se joue dans les dernières minutes du vol. Une note du centre aéro-médical de la FAA, écrite en novembre 2010, le dit sans détour : les blocages de l’oreille moyenne arrivent à la descente, presque jamais à la montée. Déglutir au bon moment pèse plus lourd que n’importe quel accessoire vendu pour l’avion.

L’oreille se bouche pendant la descente, pas pendant la montée

La montée ne fait rien. Quand l’avion grimpe, la pression de la cabine baisse et l’air enfermé dans l’oreille moyenne s’échappe seul par la trompe d’Eustache : une différence de 15 mmHg suffit à le pousser dehors. À la descente, le sens s’inverse. La pression extérieure remonte, le tympan se creuse vers l’intérieur, et rien ne s’évacue sans un geste volontaire.

Les seuils sont mesurés depuis longtemps. La douleur apparaît au-delà de 30 mmHg d’écart. À −90 mmHg, les muscles qui ouvrent la trompe ne suivent plus et le conduit se ferme comme une valve. Ces valeurs viennent d’un travail de 1937 signé Armstrong et Heim, repris dans la revue systématique publiée en 2018 par Otology & Neurotology.

En croisière, la cabine n’est pas au niveau de la mer. Elle est maintenue à une altitude équivalente de 8 000 pieds au maximum, une exigence des normes de certification américaine et européenne (14 CFR 25.841 et CS 25.841). Cela correspond à 0,75 atmosphère, soit 570 mmHg, et c’est cet écart qu’il faut rattraper à chaque descente.

Sept à neuf minutes pour ouvrir la trompe, sinon le tympan encaisse

La trompe d’Eustache mesure 3 à 4 cm de long pour 3 mm de diamètre chez l’adulte, selon les fiches du National Health Service britannique. Elle reste fermée au repos et s’ouvre quand on avale, bâille ou mâche.

Pendant une descente à 400 pieds par minute, ce conduit se comporte comme une valve battante jusqu’à un écart de 1 000 à 1 200 dPa, un seuil atteint si personne n’égalise pendant 7 à 9 minutes. L’équipe danoise de Sven-Eric Stangerup a mesuré tout cela en 2004 sur 188 passagers de vols SAS entre Copenhague et Londres, tympanométrie avant et après le vol à l’appui.

Près d’un passager sur cinq atterrit avec un tympan abîmé sans le savoir

Dans cette même étude, les signes de barotite étaient présents chez 18 % des passagers à l’arrivée, et chez 14 % de ceux dont les tympans étaient normaux avant le départ. Personne ne le sent. Quarante et un pour cent des passagers interrogés ont tout de même signalé une douleur en vol, et une revue de 2018 monte jusqu’à 55 % d’otalgie chez les enfants.

Le plus surprenant n’est pas la fréquence, c’est le silence qui l’entoure. Une enquête publiée en 2014 dans le Journal of Laryngology & Otology a trouvé que 30 % des passagers ignoraient ces gestes, alors que le barotraumatisme est le problème médical le plus courant en vol.

Les bouchons anti-pression n’ont jamais fait leurs preuves

Ils sont vendus comme des dispositifs médicaux et on en trouve à tous les comptoirs. La seule étude menée en chambre hypobare réglée sur 8 000 pieds a trouvé l’inverse de l’effet attendu : dans les oreilles équipées du bouchon actif, le grade médian de lésion du tympan était de 1, contre 0 du côté du bouchon factice. L’écart est statistiquement significatif. Mads Klokker publie ce résultat en 2005 dans Aviation, Space, and Environmental Medicine.

Un essai allemand de 2010 va dans l’autre sens, mais il simulait la variation de pression en huit minutes seulement, dans une chambre hyperbare. Sur ce point, les études ne disent pas la même chose. La revue systématique de 2018 conclut à l’absence de preuves suffisantes dans les deux cas, et la chaleur ou l’humidité posée sur l’oreille ne fait pas mieux : un essai randomisé en double aveugle publié en 2018 par le Journal of Laryngology & Otology ne trouve aucune différence.

La pseudoéphédrine soulage chez l’adulte, à une heure précise

Un comprimé de 120 mg de pseudoéphédrine pris 30 minutes avant un vol divise à peu près par deux le risque de douleur. Les deux essais de référence, publiés en 1994 et 1998, mesurent 32 % contre 62 % et 34 % contre 71 % face au placebo, soit un nombre de patients à traiter de 3. Ce sont les seules données de niveau 1 de la revue de 2018.

Reste l’heure de la prise. Une mise au point du Journal de l’Association médicale canadienne, publiée le 12 janvier 2026, place le décongestionnant oral 30 à 60 minutes avant la descente, pas avant le décollage. La nuance compte : une gélule avalée au moment du plateau-repas n’agit plus si l’atterrissage est retardé.

Un second changement, français celui-là. Depuis le 11 décembre 2024, les vasoconstricteurs oraux contenant de la pseudoéphédrine ne se délivrent plus en pharmacie sans ordonnance, une décision de l’Agence nationale de sécurité du médicament. Le réflexe de la veille au départ ne fonctionne plus sans passer par le médecin. Quant au spray nasal à l’oxymétazoline, souvent cité, il n’a pas fait mieux que le placebo en 1998 : 64 % de douleurs contre 71 %.

Une réserve, et elle est de taille. Les deux essais adultes excluaient les passagers atteints d’une infection aiguë de l’oreille ou du nez. Rien ne prouve donc que le comprimé fonctionne dans le cas où l’on en aurait le plus besoin, celui d’une otite ou d’un gros rhume la veille du départ.

Avant six ans, le comprimé endort plus qu’il ne soulage

Cinquante enfants de six mois à six ans, quatre-vingt-onze vols étudiés : la pseudoéphédrine n’a rien changé à leur douleur. À la descente, 12 % du groupe traité ont souffert, contre 13 % sous placebo. En revanche, 60 % des enfants sous traitement somnolaient au décollage, contre 27 % dans le groupe placebo. L’étude paraît en 1999 dans Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine.

Pour les tout-petits, la note de la FAA recommande un biberon ou une tétine pendant la descente, et du chewing-gum pour les plus grands. Le mécanisme est simple : avaler ouvre la trompe.

Réveiller les enfants avant la descente

Pendant le sommeil, la déglutition ralentit beaucoup. Une oreille qui ne s’ouvre plus toutes les 7 à 9 minutes laisse l’écart de pression se creuser jusqu’au verrouillage, et la FAA est explicite : il faut réveiller les passagers endormis avant la descente, pour qu’ils puissent aérer leur oreille moyenne.

C’est le geste gratuit que presque personne ne fait. Sur un vol de nuit, une bonne partie de la cabine dort quand l’équipage annonce l’atterrissage, et la douleur se réveille au moment où la trompe est déjà fermée.

Un seul geste préventif a passé l’épreuve d’un essai de haut niveau

Le comparatif tient en une ligne par méthode. Les essais sur la pseudoéphédrine datent de 1994 et 1998, la revue qui les rassemble de 2018.

Méthode Résultat mesuré Source
Pseudoéphédrine orale 120 mg, adulte Douleur chez 34 % des passagers contre 71 % sous placebo, et 32 % contre 62 % dans le second essai ; 3 patients à traiter pour éviter une douleur Jones, American Journal of Emergency Medicine, 1998 ; Csortan, Annals of Emergency Medicine, 1994
Pseudoéphédrine orale 1 mg/kg, enfant de 6 mois à 6 ans Douleur à la descente chez 12 % des enfants traités contre 13 % sous placebo ; somnolence au décollage chez 60 % contre 27 % Buchanan, Archives of Pediatrics & Adolescent Medicine, 1999
Oxymétazoline en spray nasal, adulte Douleur chez 64 % contre 71 %, écart non significatif Jones, American Journal of Emergency Medicine, 1998
Bouchons régulateurs de pression Lésion du tympan de grade médian 1 avec le bouchon actif, contre 0 avec le bouchon factice Klokker, Aviation, Space, and Environmental Medicine, 2005
Insufflation d’un ballon nasal à la descente Barotite chez 6 % des passagers contre 15 % sans ballon Stangerup, Otology & Neurotology, 2004
Chaleur ou humidité sur l’oreille externe Aucune différence, ni sur le tympan ni sur la douleur Morse et Mitchell-Innes, Journal of Laryngology & Otology, 2018
Valsalva après l’atterrissage Pression normalisée chez 46 % des passagers, puis ballon nasal efficace dans 69 % des cas restants Stangerup, Otology & Neurotology, 2004

Une oreille bouchée à l’embarquement ne donne droit à aucune indemnisation

Refuser de vous laisser monter pour une otite n’est pas, juridiquement, un refus d’embarquement. Le règlement européen 261/2004 définit ce refus comme le fait de ne pas transporter un passager muni d’une réservation confirmée, « sauf s’il est raisonnablement justifié de refuser l’embarquement, notamment pour des raisons de santé ». La Commission européenne l’a confirmé dans ses orientations de juin 2016. Pas d’indemnisation.

Concrètement, les 250 à 600 € prévus à l’article 7 ne s’appliquent pas. Le règlement protège le transporteur, pas le voyageur malade. Ce sont l’assurance du billet et le certificat médical de contre-indication, à faire signer avant le départ, qui décident de la suite.

Quand la pression ne revient pas, le Valsalva ne suffit plus

Une oreille encore pleine après l’atterrissage n’est pas une fatalité. Dans l’étude danoise, la manœuvre de Valsalva a ramené la pression à zéro chez 46 % des passagers qui débarquaient avec une pression négative, et le ballon nasal a réglé 69 % des cas restants.

Au-delà, la gêne change de nature. La mise au point du Journal de l’Association médicale canadienne liste trois signaux qui imposent un avis ORL rapide : un épanchement dans une seule oreille, une douleur qui persiste, un déficit nerveux. Après trois mois de symptômes, les solutions deviennent mécaniques, avec la pose d’aérateurs dans le tympan ou la dilatation de la trompe par ballonnet. Le vaporisateur d’eau de mer que l’on glisse dans le sac cabine, lui, reste soumis aux formats acceptés en cabine : au-delà de 100 ml, il descend en soute, là où aucune limite de volume de ce type ne s’applique. Le reste dépend des limites de bagage fixées par votre transporteur et de la place du flacon dans le gabarit du sac, deux contraintes que le contrôle de sûreté ne regarde jamais.

Ce qu’on nous demande le plus

Faut-il avaler un décongestionnant avant le décollage ?

Non. La douleur vient à la descente, et la mise au point du Journal de l’Association médicale canadienne situe la prise 30 à 60 minutes avant la descente. Depuis le 11 décembre 2024, la pseudoéphédrine orale se délivre sur ordonnance en France.

Les bouchons anti-pression fonctionnent-ils vraiment ?

Rien ne le démontre. Dans la seule étude menée à 8 000 pieds, les oreilles équipées du bouchon actif portaient plus de lésions que celles du bouchon factice, et la revue systématique de 2018 ne retient aucune preuve suffisante.

Que faire dans les dernières minutes du vol ?

Déglutir, bâiller, mâcher, et réveiller les enfants pour leur donner un biberon ou une tétine. Si la gêne s’installe, un Valsalva doux, nez pincé et bouche fermée, rouvre la trompe.

Mon enfant a mal aux oreilles à chaque vol, puis-je lui donner un comprimé ?

La pseudoéphédrine n’a pas réduit la douleur des enfants de six mois à six ans dans l’essai de 1999, et elle a endormi 60 % du groupe traité contre 27 % sous placebo.

Je suis enrhumé, est-ce que je peux voler ?

La FAA déconseille le vol en cas de rhume, parce qu’un Valsalva forcé peut envoyer les sécrétions infectées dans l’oreille moyenne. Une infection déclarée en vol se soigne plus longtemps qu’un rhume.

L’oreille reste bouchée après l’atterrissage, quand consulter ?

Si la pression ne revient pas, si la douleur persiste ou si une seule oreille reste pleine, il faut un avis ORL rapide : ces signes sont ceux qui doivent faire écarter une atteinte du rhinopharynx.

Sources : FAA, Trapped Gas, Journal de l’Association médicale canadienne, Dysfonctionnement de la trompe d’Eustache chez l’adulte, ANSM, Rhume : ordonnance obligatoire pour la pseudoéphédrine, Règlement (CE) n° 261/2004, 14 CFR 25.841, Pressurized cabins.

Sources utilisées

  1. FAA, Trapped Gas
  2. Journal de l'Association médicale canadienne, Dysfonctionnement de la trompe d'Eustache chez l'adulte
  3. ANSM, Rhume : ordonnance obligatoire pour la pseudoéphédrine
  4. Règlement (CE) n° 261/2004
  5. 14 CFR 25.841, Pressurized cabins

Comment nous vérifions les informations →