Rubrique · Bagage avion : ce qui passe en cabine et part en soute
Pince à épiler en avion : ce qui passe vraiment au portique
Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

Une pince à épiler ne figure sur aucune liste d’articles prohibés en cabine, ni en France ni dans l’Union européenne. Elle passe pourtant rarement sans un regard de l’agent, parce que le texte qui fait foi ne classe pas les objets par leur nom mais par leur capacité à blesser gravement. Voilà où se joue le refus.
Deux administrations la nomment, la France non
La fiche « Tweezers » de la TSA américaine répond « Yes » pour le bagage cabine et « Yes » pour le bagage enregistré. Une réserve l’accompagne : en soute, les objets pointus doivent être gainés ou emballés pour éviter de blesser les bagagistes. La page est datée du 23 mars 2017, sans mise à jour depuis.
Le tableau du gouvernement britannique, sur la même ligne, marque « Yes » en cabine et « Yes » en soute, sans condition de taille ni de forme. Côté français, la page du ministère de la Transition écologique sur les articles réglementés ne cite pas la pince à épiler. Elle renvoie à l’application Airbag de la DGAC, qui couvre les interdictions et limitations applicables au départ de France, et non dans les aéroports étrangers.
L’Europe ne juge pas le nom de l’objet, mais ce qu’il peut faire
L’appendice 4-C du règlement d’exécution (UE) 2015/1998 fixe la liste des articles prohibés en cabine au départ de l’Union. Il interdit les objets à pointe aiguë ou à bord coupant susceptibles d’occasionner des blessures sévères. Les exemples qui suivent donnent la mesure : lames de rasoir, cutters, couteaux dont la lame dépasse 6 cm, ciseaux dont les lames, mesurées à partir de l’axe, dépassent 6 cm. Aucune pince n’y figure.
Le paragraphe suivant vise les outils de travail, plus exactement ceux dont la lame ou la tige dépasse 6 cm et qui peuvent servir d’arme, « tels que tournevis et burins ». Cette énumération n’est pas limitative. Une pince à pointes fines, longue et rigide, entre dans le champ d’un agent qui l’examine en main. C’est illogique, et c’est pourtant le texte : aucun objet n’est protégé parce qu’il sert à s’épiler.
Un tire-bouchon refusé, une aiguille à coudre acceptée
Le tableau britannique réserve une surprise de taille. Le tire-bouchon y est interdit en cabine, alors que l’aiguille à coudre, le coupe-ongles et la lime à ongles sont autorisés. La logique tient, même si elle ne saute pas aux yeux : le sujet n’est pas la pointe, mais le geste possible avec l’objet. Les articles que le contrôle écarte suivent cette lecture, pas une liste de courses.
Les positions officielles, relevées le 19 septembre 2026, se comparent mieux côte à côte.
| Source | En cabine | En soute | Ce que le texte prévoit |
|---|---|---|---|
| TSA, fiche « Tweezers » | Autorisée | Autorisée | Pointe à gainer en soute, page datée du 23 mars 2017 |
| GOV.UK, Hand luggage restrictions | Autorisée | Autorisée | Tire-bouchon refusé en cabine, aiguille à coudre acceptée |
| Appendice 4-C, règlement d’exécution (UE) 2015/1998 | Non nommée | Hors champ | Interdit les objets à pointe aiguë susceptibles de blesser gravement, seuil de 6 cm pour certaines lames |
| DGAC, application Airbag | Décision de l’agent | Autre régime | Vaut pour les vols au départ de France, compagnies libres d’être plus strictes |
Aucune ligne ne dit interdit. Aucune ligne ne dit garanti non plus, et c’est là que le contrôle se joue.
Bouts plats ou pointes fines : la forme décide
Une pince à sourcils coudée et une pince de précision droite ont le même métal et la même fonction. Seule la pointe change. C’est précisément le critère de l’appendice 4-C. Une pointe fine et affûtée tombe dans la définition de l’objet à pointe aiguë, un bout plat et arrondi beaucoup moins.
Le plastique ne déclenche rien au portique, sauf s’il habille une tige métallique. Sur ce point, les compagnies ne sont pas toutes claires : certaines publient une liste d’objets, d’autres renvoient à la décision de l’aéroport. Un étui métallique rigide attire l’œil autant que la pince qu’il contient.
Ce qui fait tomber la pince, c’est souvent la trousse
Une pince n’est pas un liquide, et la limite de 100 ml par contenant ne la concerne pas. Le flacon de sérum qui voyage avec elle, si. Chaque contenant est plafonné à 100 ml, et l’ensemble doit tenir dans un sac transparent refermable d’un litre, un par passager. La DGAC rappelle que la règle s’applique à tous les vols au départ de France, domestiques comme internationaux.
Comptez aussi le miroir, la lime et le pinceau. Un miroir de poche passe sans discussion. Le pinceau, non. Un pinceau à mascara imprégné de produit liquide entre dans le sac d’un litre, comme la trousse de toilette et ses cosmétiques. Les petits ciseaux à bouts ronds restent admis, leurs lames mesurant moins de 6 cm depuis l’axe.
14 tonnes laissées au portique de Roissy en une année
Un objet refusé au contrôle ne repart pas avec vous. À Paris-Charles-de-Gaulle, Aéroports de Paris et La Poste ont annoncé 14 tonnes d’objets interdits saisis en 2017, un volume qui a justifié la création d’un service de prise en charge nommé Tripperty. Le chiffre a été rendu public en 2018 et aucun relevé comparable n’a été publié depuis. Le dispositif s’applique aussi à une pince à épiler laissée dans la coupelle.
- Demandez le reçu de dépôt au poste de contrôle.
- Choisissez sous 21 jours : livraison à domicile, retrait à la consigne de l’aéroport ou don à une association.
- Attendez la réponse avant de racheter une pince identique.
Un objet considéré comme dangereux n’est pas donné. Sans réponse de votre part, il finit détruit.
Au départ d’un autre pays, la réponse peut basculer
L’application Airbag ne vaut que pour les vols au départ d’un aéroport français. Passé la frontière, les règles du pays de départ s’appliquent, puis celles de chaque correspondance, et chaque compagnie peut durcir le texte européen. La décision finale d’embarquer un article revient toujours à l’agent de sûreté, qui prévaut en cas de doute.
Une pince acceptée à Roissy peut donc être refusée au retour. Prévoyez la soute. Il reste une contrainte que la sûreté ne regarde jamais : le contenant. Le bagage qui porte la trousse doit déjà respecter le format de sac imposé par la compagnie, un sujet distinct du portique.
Ce qu’on nous demande le plus
Ma pince a des pointes fines, je la mets en soute ?
Oui, c’est la solution la plus sûre. Aucun texte ne l’interdit en soute, ni en France ni au Royaume-Uni. La TSA demande simplement de gainer la pointe pour protéger les bagagistes.
Ma pince a été confisquée à Roissy, puis-je la récupérer ?
Oui, via le service Tripperty : 21 jours pour choisir une livraison à domicile, un retrait en consigne ou un don. Un objet jugé dangereux n’est pas donné.
Une pince à épiler compte-t-elle dans le sac de 100 ml ?
Non. C’est un objet métallique, pas un liquide. Seul le flacon qu’elle accompagne est compté, dans un sac transparent d’un litre par passager.
Mon vol part de New York ou de Dubaï, la règle française s’applique ?
Non. L’application de la DGAC ne couvre que les vols au départ de France. À l’étranger, ce sont les règles du pays de départ et celles de chaque correspondance qui comptent.
La compagnie peut-elle refuser un objet qui n’est pas interdit ?
Oui. La DGAC écrit que les compagnies peuvent être plus restrictives que la réglementation, et la décision finale d’embarquer un article revient à l’agent de sûreté.
Sources : EUR-Lex, règlement d’exécution (UE) 2015/1998 et appendice 4-C, Ministère de la Transition écologique, articles réglementés ou interdits, TSA, fiche Tweezers, GOV.UK, Hand luggage restrictions at UK airports, Ouest-France, que deviennent les objets confisqués.