Rubrique · Bagage avion : ce qui passe en cabine et part en soute
Souvenirs de Martinique en avion : ce qui passe en cabine
Par Laurent Filaou Mis à jour le 5 sources

Deux bouteilles de 70 cl rapportées du marché de Fort-de-France, et voilà 1,4 litre de rhum à caser. Les souvenirs de Martinique en avion obéissent à trois règles qui n’ont rien à voir entre elles : la sûreté de l’aéroport, la franchise bagage de la compagnie, la douane. Un litre de rhum de plus de 22°, pas davantage. Les coquillages, coraux et plantes n’ont souvent rien à faire dans une valise.
Le litre de rhum est une franchise fiscale, pas un droit de transport
La Martinique appartient au territoire douanier de l’Union européenne, mais elle reste fiscalement un territoire tiers vis-à-vis de la métropole, comme le rappelle la douane. C’est cette bizarrerie qui déclenche un contrôle au retour, sur un vol pourtant intérieur au pays.
Le chiffre que tout le monde retient est exact, mais il ne dit pas ce qu’on croit. La franchise accorde 1 litre de boisson titrant plus de 22° par voyageur, sans droits ni taxes, ou 2 litres en dessous de 22°, avec un assortiment proportionnel possible entre les deux catégories. S’ajoutent 4 litres de vin tranquille et 16 litres de bière. L’alcool ne compte qu’à partir de 17 ans.
Aucune de ces quantités ne dit combien de bouteilles entreront réellement dans l’avion. Air France accepte les alcools de 24 à 70° dans la limite de 5 litres par personne, interdit tout ce qui dépasse 70° et impose un emballage de vente au détail. Air Caraïbes fixe le même total de 5 litres, mais avec des contenants inférieurs à 5 litres, et laisse les alcools à 24° ou moins sans limite de quantité. Sur ce point, les compagnies ne détaillent pas la même chose.
Un litre, deux comptabilités. Deux bouteilles de 70 cl à 50° font 1,4 litre : Corsair comme Air France peuvent les prendre en soute, la franchise fiscale ne couvre que le premier litre. Le bagage en avion, lui, se compte en kilos et en centimètres, et c’est souvent ce plafond-là qui bloque la valise.
Un autre chiffre circule sans rapport avec ce que peut emporter un passager. Le contingent économique des rhums traditionnels d’outre-mer atteint 153 000 hectolitres d’alcool pur par an, actualisé par une circulaire du 27 mars 2026. Ce total organise le régime des distilleries ; il n’ouvre aucun droit supplémentaire à un touriste.
Un souvenir, trois verdicts
Le tri se fait produit par produit, et aucune des trois autorités ne répond la même chose. Ce qui est refusé en cabine passe souvent en soute, avant d’être refusé par la douane. Décisions relevées le 18 septembre 2026.
| Souvenir | Cabine | Soute | Douane | Le point à ne pas manquer |
|---|---|---|---|---|
| Rhum de plus de 22° | Non au-delà de 100 ml | Oui, selon la compagnie | Franchise de 1 L | Le litre douanier n’est pas la capacité de transport |
| Épices sèches | Oui | Oui | Aucune formalité identifiée | Emballage fermé, poudre comprise dans les 100 ml en cabine |
| Confitures | Selon le contenant | Oui | Produit transformé | Une pâte compte comme un liquide |
| Coquillage ramassé sur la plage | À éviter | À éviter | Protection de l’environnement | Espèce potentiellement protégée |
| Lambi, conque | Non recommandé | Non | Annexe II CITES | Aliger gigas, espèce réglementée |
| Corail | Non | Non | Interdit si prélevé dans le milieu naturel | Arrêté du 25 avril 2017 |
| Fruits frais | Cas par cas | Cas par cas | Réglementation phytosanitaire | Certificat exigé, ou interdiction |
| Madras, bakoua, artisanat | Oui | Oui | Aucune règle spécifique identifiée | Vérifier l’origine des matériaux |
En cabine, une bouteille de 70 cl reste une bouteille de 70 cl
La sûreté aéroportuaire ne regarde ni la valeur, ni la rareté, ni l’origine du produit. Chaque contenant est plafonné à 100 ml, dans un seul sac transparent d’un litre par passager. Une bouteille de rhum achetée la veille du départ ne monte donc pas dans l’avion. Le détail des formats se lit avec les liquides admis en cabine, et il n’y a pas de passe-droit pour un flacon de 70 cl.
Rien n’a bougé sur ce terrain depuis deux ans, sauf une marche arrière. À partir du 1er septembre 2024, les aéroports équipés de certains scanners, qui avaient autorisé des contenants plus grands, ont dû revenir au plafond de 100 ml. La règle dépend donc de l’appareil installé dans le terminal, pas de la compagnie qui vend le billet.
Ananas et bananes passent, mangues et agrumes non
La DAAF Martinique encadre l’exportation des végétaux vers la France et l’Union européenne, avec un certificat phytosanitaire pour tout ce qui n’est pas exempté. Trois fruits échappent à la formalité : l’ananas, la banane et la noix de coco. Pour le reste, le flyer 2024 de la DAAF est plus direct encore : mangues, agrumes, boutures et plants, aubergines et piments sont interdits dans les colis comme dans les bagages.
Les produits transformés échappent au certificat. Confitures, produits cuits, séchés ou confits passent sans document phytosanitaire depuis la mise à jour du 6 décembre 2023. Un pot de confiture reste en revanche une pâte : au-delà de 100 ml, il prend le chemin de la soute.
Coquillage, conque et corail, le souvenir que la douane peut saisir
Trois textes visent directement ce que l’on ramasse sur une plage. Depuis l’arrêté du 25 avril 2017, le transport, la détention, la vente et l’achat de coraux prélevés dans le milieu naturel de Martinique sont interdits. Le lambi, appelé aussi conque reine, figure à l’Annexe II de la CITES sous le nom d’Aliger gigas. Le transport de tortues marines vivantes exige une autorisation depuis l’arrêté du 10 novembre 2022.
Rapporter une coquille morte n’a l’air de rien, et c’est justement le geste que le Comité martiniquais du tourisme décourage : coquillages et organismes vivants doivent rester dans leur habitat naturel. La pêche du lambi est fermée du 16 juin au 14 février en Martinique, selon le document du parc naturel marin et de l’OFB publié en 2025. Aucune de ces règles n’apparaît au portique de sûreté, qui cherche autre chose : les objets interdits au contrôle relèvent d’une autre liste, et le coquillage dans la valise ne se voit qu’à la douane.
C’est le poids de la valise qui bloque le plus de retours
Une fois la sûreté et la douane passées, il reste la franchise du transporteur. Air France et Corsair autorisent un bagage cabine de 55 × 35 × 25 cm, plafonné à 12 kg en Economy et Premium, à 18 kg en Business et en La Première. En soute sur un vol vers les Antilles, Corsair annonce 1 bagage de 23 kg en Economy, avec des dimensions cumulées limitées à 158 cm. La franchise annoncée par chaque compagnie dépend de la classe et du tarif, et le compte se fait en kilos, pas en nombre de bouteilles.
Le supplément se paie cher au dernier moment. Chez Corsair, le premier bagage additionnel vers la Martinique coûte 70 € réservé plus de 24 heures avant le départ, et 120 € en deçà. Le prix d’un bagage supplémentaire se compare donc avant de réserver, sachant que la page Bagages de la compagnie n’affiche pas de date de mise à jour.
La veille du départ, dans l’ordre
- Peser la valise et vérifier la franchise de la compagnie : 23 kg en soute Economy chez Corsair vers les Antilles, 12 kg en cabine.
- Basculer en soute tout liquide de plus de 100 ml, rhum compris, même entamé.
- Écarter corail, lambi et coquillages ramassés sur la plage : ce sont les souvenirs les plus souvent saisis.
- Trier les fruits. Ananas, banane et noix de coco passent sans certificat ; mangues, agrumes, piments, boutures et plants sont interdits dans les bagages selon le flyer 2024 de la DAAF.
- Compter les achats, franchise en valeur mise à jour par la douane le 6 août 2026 : 430 € par voyageur de 15 ans et plus en avion ou par bateau, 150 € pour les moins de 15 ans.
Ce qu’on nous demande le plus
Combien de bouteilles de rhum peut-on ramener de Martinique ?
La franchise fiscale est de 1 litre pour les alcools de plus de 22°, sans droits ni taxes. Deux bouteilles de 70 cl font 1,4 litre : la compagnie peut les accepter en soute, la franchise ne couvre que le premier litre.
Peut-on rapporter une conque ou un lambi ?
Le lambi, Aliger gigas, est inscrit à l’Annexe II de la CITES, qui encadre le commerce des spécimens. Sa pêche est en outre fermée en Martinique du 16 juin au 14 février.
Peut-on ramener du corail comme souvenir ?
Non. L’arrêté du 25 avril 2017 interdit le transport, la détention, la vente et l’achat de coraux prélevés dans le milieu naturel de Martinique.
Peut-on rapporter des fruits de Martinique ?
Ananas, banane et noix de coco sont exemptés de certificat phytosanitaire. Mangues, agrumes, boutures et plants, aubergines et piments sont interdits dans les colis et les bagages, selon le flyer 2024 de la DAAF.
Faut-il déclarer ses achats au retour ?
La franchise en valeur est de 430 € par voyageur de 15 ans et plus arrivant en avion ou par bateau, et de 150 € pour les moins de 15 ans. La douane a mis à jour ce barème le 6 août 2026.
Faut-il mettre le rhum en soute pour éviter la casse ?
Oui dès que le contenant dépasse 100 ml, puisque c’est le plafond en cabine, avec un seul sac transparent d’un litre par passager. Aucune bouteille de 70 cl ne monte à bord, même dans un sac scellé.
Les confitures et le café posent-ils un problème ?
Confitures et produits cuits, séchés ou confits ne demandent pas de certificat phytosanitaire depuis la mise à jour du 6 décembre 2023. Une confiture reste une pâte : au-delà de 100 ml, elle va en soute.
Sources : Douane — Franchises douanières et fiscales en quantités et en valeurs, Douane — Vous voyagez aux Antilles, Commission européenne — Liquides, aérosols et gels, DAAF Martinique — Flyer export 2024, Légifrance — Arrêté du 25 avril 2017 relatif aux coraux.